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La truffe, perle noire du Périgord
(et de Lorraine !)

Carte d’identité :

La truffe fait partie du groupe des tubérales dont elle est le représentant le plus connu.
Tubérale : champignon à mycélium (filaments souterrains des champignons) vivant en symbiose avec les racines de certains arbres. La symbiose étant l’association étroite de deux ou plusieurs organismes différents, mutuellement bénéfique,
voire indispensable à leur survie.
Particularité : espèce hypogée
(qui se développe sous terre).

• Poids : entre 30 et 90 grammes.

• Forme : arrondie.

• Couleur : noire, noire violacée, gris anthracite (il existe une espèce de truffe jaune qui pousse en Italie).

• Taille : 5 à 8 cm selon les espèces.

• Régions de production : départements de la Dordogne (Périgord), du Lot, du Vaucluse, du Gard, de la Bourgogne, Drôme...

• Récolte française annuelle : environ 1 500 tonnes.

• Prix : de 580 à 950 euros/kg selon la qualité.

A la recherche des origines du diamant noir du Périgord

La truffe, appelée aussi perle noire du Périgord, ou encore diamant noir est l’objet de tous les luxes et partage le haut du pavé des mets rares et très chers avec le foie gras d’oie, le caviar, ou encore quelques grands crus classés. Pour en tirer le meilleur parti, elle doit être consommée très fraîche, au maximum 3 ou 4 jours après la cueillette.
Il ne s’agit pourtant que d’un simple champignon me direz-vous, mais quel parfum ! Consommée rapée, en feuilleté, utilisée pour parfumer les plus belles volailles, ou en simple omelette campagnarde, la truffe s’arrache en saison à près de 1 000 euros le kilo. Cultivée, c’est une délicate alchimie qu’il faut respecter pour garantir une fructueuse récolte. Cueillie sauvage dans les forêts de chêne, à l’aide d’un fidèle cochon truffier ou d’un petit roquet malin, c’est d’un savoir-faire hors d’âge dont il faut faire preuve pour la dénicher.
Voyons donc si la truffe mérite ses lettres de noblesse, et le prix qui précède sa réputation.

La Lorraine : région truffière

La truffe n’est plus l'apanage des seules régions du Sud-Ouest de la France et notamment du Périgord. Qu’on se le dise, la truffe de Lorraine reprend du flambeau !
Récoltée jadis dans les truffières sauvages que constituaient naturellement les forêts de chênes, de charmes ou encore de noisetiers des plateaux calcaires du Nord-Est, la truffe assurait à ses récoltants occasionnels une production de 1 000 tonnes en Lorraine en 1900.
Les guerres, la destruction de sites naturels autrefois propices au délicat champignon, les préoccupations des paysans plus affairés à assurer leur subsistance pendant les périodes de disette qu’à entretenir des truffières semi sauvages, ont eu raison de cet héritage.
Un trufficulteur de Meuse cite le chiffre de 70 tonnes récoltées en 1987. Une bagatelle, un désastre même. La Lorraine, et semble-t-il la Meuse en particulier, sont pourtant des territoires propices : Vaucouleurs, Commercy, Bar-le-Duc comptent parmi les lieux de prédilections des chercheurs régionaux d’or noir.
C’est la truffe mésentérique qui occupe le haut de l’affiche en région Lorraine et non pas Tuber melanosporum comme dans le Périgord. Ce nom est une déformation de mésentère qui correspond à une partie de l’intestin. En fait, la truffe de Meuse, lorsqu’on la regarde en coupe ressemble à une portion d’intestin ou un rein. Moins célèbre que la truffe du Périgord, la truffe de Meuse est aussi moins chère. Elle fait d’ailleurs l’objet d’un commerce plus confidentiel, promu par quelques passionnés dont certains ont carrément recréé des truffières de toute pièce.
Un site pour en savoir plus sur le surprenant renouveau de la truffe en Lorraine : http://perso.club-internet.fr/garzanda/truffiere/icadres.html pour découvrir cet univers et surtout la truffière de Saint-Rémy-la-Colonne située sous les côtes de Meuse.

Une histoire truffée de légendes

L’homme consommerait de la truffe depuis des temps immémoriaux. Très bien mais immémoriaux, ça remonte à quand ?
Certains chercheurs avancent que ce champignon était consommé dans l’Egypte antique mais cette hypothèse n’est relevée d’aucune preuve fiable.


Pour d’autres, la truffe figure à notre menu depuis la nuit des temps. Et comme le Périgord - où se trouvent les fameuses grottes de Lascaux et ses magnifiques scènes de chasse rupestres (peintes sur les parois de la caverne) - est aussi le pays du diamant noir, ne pourrait-on pas imaginer l’homme des cavernes dégustant en bande devant un timide feu de brindilles, assis à même la pierre froide d’une grotte sombre, une délicieuse salade de truffe crue à pleine dents en grognant et bavant de bonheur. Le comble du raffinement pour le gourmet d’aujourd’hui, “l’homo cholesteros”.


Ce qui est en tout cas incontestable, c’est la trace relevée dans un écrit attribué à Théophraste (philosophe et botaniste Grec) vers 350 avant J.-C. qui fait référence à cet organisme issu de la génération spontannée, mariage d’amour entre le tonnerre d’automne et une bonne dose de croyance païenne. Les grands pontes de la Rome antique en consommaient donc.

Le met délicieux est ensuite passé aux oubliettes pour quelques siècles car c’est seulement à partir du XIVème siècle qu’il est à nouveau mentionné comme un véritable caprice culinaire des grands du royaume qui prêtaient déjà à ce champignon d’exception des vertus aphrodisiaques (qui stimule le désir sexuel). Ce qui reste à vérifier d’ailleurs.

Plus proche de nous est le véritable âge d’or de la truffe, au XIXème siècle, alors que le phylloxéra* avait décimé des régions vinicoles entières, libérant ainsi des territoires et des sols favorables à la culture du champignon noir. La production atteignit 2 000 tonnes à la fin du XIXème siècle et les paysans la consommaient abondamment.

Au XXème siècle, les deux guerres mondiales, le besoin de se consacrer à des activités agricoles plus urgentes, puis le début de l’exode rural sonnèrent des heures douloureuses pour la production de la truffe qui tomba à 400 tonnes en 1960.

Aujourd’hui la profession de trufficulteur semble être une activité rurale tirée d’affaire grâce à l’application de méthodes modernes de l’agriculture, et peut-être aussi grâce à la créativité des grands chefs cuisiniers qui ont fait redécouvrir le diamant noir au public dans des recettes où les produits du terroir tiennent la vedette.

* Le phylloxéra est un puceron parasite dont l’espèce la plus connue s’attaque aux racines de la vigne causant une maladie qui, introduite accidentellement en France avec des plants américains vers 1865 détruisit plus de la moitié du vignoble.

 

Arômes de sous-bois

On trouve diverses espèces de truffe dites du Périgord, de Bourgogne, la truffe d’été, la truffe du Piémont ou la truffe blanche. La plus appréciée des gastronomes est sans conteste celle du Périgord, le tuber melanosporum, dite aussi truffe noire qui se récolte de novembre à mars et qui dégage une odeur de sous-bois, et dont le goût finement poivré rappelle les arômes de terre, d’humus (couche du sol résultant de la décomposition par des micro-organismes de déchets végétaux et animaux) et de fruits secs torréfiés.
La production annuelle française de truffe, toutes régions confondues, est d’environ 1 500 tonnes.


Petit traité de chimie culinaire

Une bonne truffe doit être ferme, odorante et goûteuse. Les trufficulteurs parlent avec une certaines malice de l’odeur forte et caractéristique qui emplit la rue des bourgades du Périgord les jours de marché à la truffe.
Car la truffe respire. Elle absorbe de l’oxygène et rejette du gaz carbonique et d’autre gaz chargés de ses arômes. C’est pour cette raison qu’il faut la consommer rapidement une fois "cueillie" sans quoi au fil des jours, la truffe s’oxyde et perd ses arômes.
La truffe du Périgord s’appréciera rapée lorsqu’elle est fraîche. Elle parfumera alors les aliments qui se trouvent à son contact comme par exemple le céleri, l’échalote, l’oignon doux, l’artichaut, l’avocat. Pour en faire une cuisine plus élaborée, il est indispensable de “piéger” son parfum. Pour se faire, elle sera cuite dans un corps gras (huile, beurre ou crème), ajoutée pour infuser une sauce en fin de cuisson, ou encore enfermée dans la pâte d’un feuilleté, d’une brioche et même sous la peau d’une volaille.
La truffe fraîche est un produit de luxe. Pour en consommer, il vous faudra débourser environ 100 euros pour 100 g. Sachant qu’il faut compter 10 g. par personne pour réaliser un plat digne. L’addition est vite faite.

Un heureux partenariat

La partie comestible de la truffe correspond à son fruit. Enfouie dans le sol, en état de dormance, la truffe sera réveillée par les fortes chaleurs de juillet puis la forte irrigation des orages du mois d’août et commencera à grossir.
Comme tout champignon, la truffe n’a pas de fonction chlorophylienne. Alors que les plantes vertes fabriquent des sels minéraux grâce au processus de la photosynthèse et à la chloropyle contenue dans leurs feuilles, le champignon qui n’en contient pas, est contraint pour vivre de se rattacher à un organisme étranger, un arbre par exemple. La truffe n’est pourtant pas un parasite de l’arbre, elle ne nuit pas à sa santé mais c’est plutôt sous forme d’un heureux partenariat que le champignon s’installe aux pieds du chêne, du charme ou du noisetier selon la disponibilité des lieux.
Tout au long de sa croissance, la truffe fabrique des mycorhizes, c’est à dire l’organe de symbiose entre l’arbre et le champignon. Les deux organismes ont en commun des cellules qui permettent des échanges nutritifs entre l’arbre et le champignon. L’arbre donne à la truffe des sucres résultant de la photosynthèse, tandis que le champignon fournit à l’arbre des sels minéraux. Belle amitié non ? C’est en tout cas cet échange standard qui donnera au champignon son arôme particulier de sous-bois.


La récole au groin ou à la truffe

La période de récolte de la truffe du Périgord s’étend de la mi-novembre à la mi-mars. Le trufficulteur arpente la truffière accompagné d’un porc ou d’un chien. Il observe scrupuleusement l’attitude de l’animal qui, très concentré, le nez à hauteur du sol, renifle les effluves du champignon enterré.
L’animal indique en creusant la terre avec son groin (s’il s’agit d’un cochon seulement !) ou sa patte l’endroit où trouver le champignon.
C’est le moment précis où le maître intervient pour éviter que l’animal de compagnie ne dévore la truffe.

Qu’est-ce qui fait courir les truies ?
L’aptitude de la truie à repérer le précieux champignon provient du fait qu’il émane des parfums similaires à des substances que l’on trouve dans les organes sexuels du porc. A méditer.


Les mots rigolos du mot

Si la truffe désigne par analogie le nez du chien, elle désigne aussi parfois le nez gros et rond d’une personne.

L’adjectif truffé s’emploie dans le sens de rempli : une dictée truffée de fautes.

• Caveur : c’est le nom de la personne qui creuse la surface du sol pour chercher les truffes, justement accompagnée d’un chien ou d’un cochon.