| Une
histoire truffée de légendes
Lhomme consommerait de la truffe depuis des temps
immémoriaux. Très bien mais immémoriaux,
ça remonte à quand ?
Certains chercheurs avancent que ce champignon était
consommé dans lEgypte antique mais cette
hypothèse nest relevée daucune
preuve fiable.
Pour dautres, la truffe figure à notre
menu depuis la nuit des temps. Et comme le Périgord
- où se trouvent les fameuses grottes de Lascaux
et ses magnifiques scènes de chasse rupestres
(peintes sur les parois de la caverne) - est aussi le
pays du diamant noir, ne pourrait-on pas imaginer lhomme
des cavernes dégustant en bande devant un timide
feu de brindilles, assis à même la pierre
froide dune grotte sombre, une délicieuse
salade de truffe crue à pleine dents en grognant
et bavant de bonheur. Le comble du raffinement pour
le gourmet daujourdhui, lhomo
cholesteros.
Ce qui est en tout cas incontestable, cest la
trace relevée dans un écrit attribué
à Théophraste (philosophe et botaniste
Grec) vers 350 avant J.-C. qui fait référence
à cet organisme issu de la génération
spontannée, mariage damour entre le tonnerre
dautomne et une bonne dose de croyance païenne.
Les grands pontes de la Rome antique en consommaient
donc.
Le met délicieux est ensuite passé aux
oubliettes pour quelques siècles car cest
seulement à partir du XIVème siècle
quil est à nouveau mentionné comme
un véritable caprice culinaire des grands du
royaume qui prêtaient déjà à
ce champignon dexception des vertus aphrodisiaques
(qui stimule le désir sexuel). Ce qui reste à
vérifier dailleurs.
Plus proche de nous est le véritable âge
dor de la truffe, au XIXème siècle,
alors que le phylloxéra* avait décimé
des régions vinicoles entières, libérant
ainsi des territoires et des sols favorables à
la culture du champignon noir. La production atteignit
2 000 tonnes à la fin du XIXème siècle
et les paysans la consommaient abondamment.
Au XXème siècle, les deux guerres mondiales,
le besoin de se consacrer à des activités
agricoles plus urgentes, puis le début de lexode
rural sonnèrent des heures douloureuses pour
la production de la truffe qui tomba à 400 tonnes
en 1960.
Aujourdhui
la profession de trufficulteur semble être une
activité rurale tirée daffaire grâce
à lapplication de méthodes modernes
de lagriculture, et peut-être aussi grâce
à la créativité des grands chefs
cuisiniers qui ont fait redécouvrir le diamant
noir au public dans des recettes où les produits
du terroir tiennent la vedette.
*
Le phylloxéra est un puceron parasite dont lespèce
la plus connue sattaque aux racines de la vigne
causant une maladie qui, introduite accidentellement
en France avec des plants américains vers 1865
détruisit plus de la moitié du vignoble.

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Arômes
de sous-bois
On trouve diverses espèces de truffe dites du
Périgord, de Bourgogne, la truffe dété,
la truffe du Piémont ou la truffe blanche. La
plus appréciée des gastronomes est sans
conteste celle du Périgord, le tuber melanosporum,
dite aussi truffe noire qui se récolte de novembre
à mars et qui dégage une odeur de sous-bois,
et dont le goût finement poivré rappelle
les arômes de terre, dhumus (couche du sol
résultant de la décomposition par des
micro-organismes de déchets végétaux
et animaux) et de fruits secs torréfiés.
La production annuelle française de truffe, toutes
régions confondues, est denviron 1 500
tonnes.
Petit traité
de chimie culinaire
Une bonne truffe doit être ferme, odorante et
goûteuse. Les trufficulteurs parlent avec une
certaines malice de lodeur forte et caractéristique
qui emplit la rue des bourgades du Périgord les
jours de marché à la truffe.
Car la truffe respire. Elle absorbe de loxygène
et rejette du gaz carbonique et dautre gaz chargés
de ses arômes. Cest pour cette raison quil
faut la consommer rapidement une fois "cueillie"
sans quoi au fil des jours, la truffe soxyde et
perd ses arômes.
La truffe du Périgord sappréciera
rapée lorsquelle est fraîche. Elle
parfumera alors les aliments qui se trouvent à
son contact comme par exemple le céleri, léchalote,
loignon doux, lartichaut, lavocat.
Pour en faire une cuisine plus élaborée,
il est indispensable de piéger son
parfum. Pour se faire, elle sera cuite dans un corps
gras (huile, beurre ou crème), ajoutée
pour infuser une sauce en fin de cuisson, ou encore
enfermée dans la pâte dun feuilleté,
dune brioche et même sous la peau dune
volaille.
La truffe fraîche est un produit de luxe. Pour
en consommer, il vous faudra débourser environ
100 euros pour 100 g. Sachant quil faut compter
10 g. par personne pour réaliser un plat digne.
Laddition est vite faite.
Un
heureux partenariat
La partie comestible de la truffe correspond à
son fruit. Enfouie dans le sol, en état de dormance,
la truffe sera réveillée par les fortes
chaleurs de juillet puis la forte irrigation des orages
du mois daoût et commencera à grossir.
Comme tout champignon, la truffe na pas de fonction
chlorophylienne. Alors que les plantes vertes fabriquent
des sels minéraux grâce au processus de
la photosynthèse et à la chloropyle contenue
dans leurs feuilles, le champignon qui nen contient
pas, est contraint pour vivre de se rattacher à
un organisme étranger, un arbre par exemple.
La truffe nest pourtant pas un parasite de larbre,
elle ne nuit pas à sa santé mais cest
plutôt sous forme dun heureux partenariat
que le champignon sinstalle aux pieds du chêne,
du charme ou du noisetier selon la disponibilité
des lieux.
Tout au long de sa croissance, la truffe fabrique des
mycorhizes, cest à dire lorgane de
symbiose entre larbre et le champignon. Les deux
organismes ont en commun des cellules qui permettent
des échanges nutritifs entre larbre et
le champignon. Larbre donne à la truffe
des sucres résultant de la photosynthèse,
tandis que le champignon fournit à larbre
des sels minéraux. Belle amitié non ?
Cest en tout cas cet échange standard qui
donnera au champignon son arôme particulier de
sous-bois. |