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La taupe


Adorable petite bête au museau pointu, elle peut devenir le cauchemar des jardiniers…
Animal protégé en Allemagne tant il a été chassé pour sa fourrure (quelle idée !!) au début du siècle, sa réputation de nuisible est contestée sans pour autant avoir réussi à convaincre !
Il faut dire que c’est un peu agaçant : une boule de poils de 15 à 20 cm, de 60 à 120 g qui ravage votre belle pelouse… ou abîme votre potager. Prenez patience, c’est à peu près la seule solution vraiment efficace si vous avez décidé de lutter contre la taupe… si si… vous allez comprendre.

Commençons par détailler celle que, rarement, on a l’occasion de croiser !

La taupe appartient à l’ordre des insectivores, comme le hérisson. Elle est aveugle ou quasiment puisqu’elle distingue une différence entre le jour et la nuit et c’est à peu près tout.
Ses oreilles sont invisibles, ce sont deux cavités cachées dans les poils qui ne possèdent pas de pavillon externe, pas d’oreilles de choux chez les taupes mais une ouïe très fine.

Au bout de son museau, un bien joli petit groin indique, à raison, un odorat très développé, impressionnant puisque la taupe est capable de déceler un ver de terre, à l’odeur pas franchement violente, à 10 cm dans le noir complet et même à 1 cm enfoui dans la terre.
Pratique, quand on sait que le ver de terre est la friandise préférée des taupes. Et pour avaler ses proies, notre mineur de fond possède une mâchoire à faire pâlir de jalousie les crocodiles : 44 dents aiguisées, munies de crocs dignes de vampires. Ce n’est pas que les vers et les lombrics soient si difficiles à mâchouiller, c’est surtout qu’ils sont dans la terre : en les mangeant la taupe use ses dents sur le sable si bien qu’au bout de quelques mois, elles sont poncées parfois jusqu’aux gencives et donc de moins en moins coupantes, certainement une des causes de sa courte espérance de vie, environ 3 à 4 ans.
Quant à ses pattes, elles forcent l’admiration. De forme presque humaine, 5 gros doigts munis de puissants crochets lui permettent à l’avant de s’agripper dans les parois de ses tunnels et de propulser la terre. Tellement efficace que nous en avons munis nos engins de travaux, regardez un peu les godets des pelles mécaniques et vous comprendrez comment la taupe opère, sous terre ! Ses pattes arrières, beaucoup plus petites, possèdent de petites griffes pouvant s’accrocher à la terre ou pouvant se plaquer contre son corps pour s’effacer et laisser le champ libre. Sa queue mesure de 2 à 4 cm, elle joue le rôle de détecteur sensoriel tout comme ses moustaches. Quant à ses poils, ils ont la particularité d’être dressés verticalement sur la peau, la taupe peut ainsi circuler en avant ou en arrière sans être incommodée le moins du monde par un quelconque rebrousse-poils.

La reproduction

Le mâle, un peu plus gros que la femelle est pris d’une fureur quasi incontrôlable au moment des chaleurs de madame la taupe. Il faudra qu’il creuse et qu’il se dépêche de la trouver et surtout qu’il arrive au bon moment, ni trop tôt, ni trop tard sous peine de se faire éconduire à coups de griffes. La plus grande difficulté réside tout de même dans le respect des heures de rendez-vous de ces messieurs-dames puisque la durée des chaleurs de madame n’excède pas 30 heures !
La chose conclue, le mâle, calmé, court d’autres horizons pendant que les petits (3 ou 4) se développent dans le ventre de maman taupe durant 30 jours. La naissance approchant elle creuse une chambre spéciale qu’elle garnit de feuilles ou d’herbe. Le bébé taupe, rouge vif à la naissance, possède déjà tout l’attirail du parfait mineur avec ses deux pelles au bout des bras. Il pèse environ 3,5 g à la naissance mais grossit très vite, à 3 semaines le voilà à 60 g ! Durant 4 à 5 semaines, maman taupe déploie toute son énergie pour nourrir ses petits. Elle les allaite, part à la recherche de ver de terre et continue d’entretenir les galeries jusqu’à ce qu’elle fasse comprendre à sa progéniture que chez elle c’est trop étroit et qu’il serait temps de prendre son indépendance.

La vie quotidienne

Côté activité, la taupe alterne des cycles de travail et des cycles de repos, un peu comme tout le monde… sauf qu’elle travaille jour et nuit puisque ces périodes durent environ 4 heures chacune. Elle passe du temps à explorer ses galeries à la recherche de nourriture, creuse éventuellement puis se repose. Ses galeries sont conçues un peu comme une toile d’araignée afin de piéger et d’épuiser d’éventuels visiteurs. Chasser le ver est tout un art que la taupe maîtrise parfaitement. Soit ils tombent dans une galerie et là pas d’issue possible, le temps que le brave décide de s’enfoncer à nouveau dans la terre la taupe sera arrivée pour le découper. Soit elle chasse véritablement en reniflant les parois de ses galeries, la proie repérée, un petit coup de patte et hop ! bon appétit. Soit enfin elle ne trouve rien, parce qu’il fait vraiment trop chaud ou trop froid et que les vers se sont enfoncés sous terre, et alors elle décide de creuser une nouvelle galerie. Problème : en hiver ou lorsqu’il fait très chaud la terre est tellement dure que la taupe ne peut plus creuser. Que faire pour ne pas mourir de faim ? Maline et prévoyante, elle s’était constituée une réserve en creusant une espèce de frigo dans lequel elle entasse des vers auxquels elle a coupé la tête.

Les galeries

Véritable ingénieur, la perfection de la construction des galeries des taupes est tout à fait remarquable. Les taupinières sont les rejets de terre des galeries creusées. Jamais trop éloignées des galeries pour éviter trop de travail, elles sont donc espacées de manière assez astucieuse, tant en distance qu’en profondeur. Les tas de sable visibles de l’extérieur “cachent” une cheminée qui lui permet de dégager les résidus de son labeur, mais elles sont également un filtre à air et un aérateur assez efficaces. C’est qu’il faut bien respirer la-dessous et si la taupe est dotée de deux poumons gigantesques et de deux fois plus de sang et d’hémoglobine (qui transporte l’oxygène) que la normale pour sa taille, il lui faut tout de même un bon système de climatisation pour survivre par tous les temps et à toutes les températures. Elle creuse ainsi, de façon mathématiquement admirable, de petits trous d’aération. Si l’occasion vous est donnée de visiter une galerie de taupe, vous y serez donc à l’aise, qu’il vente, qu’il souffle ou qu’il étouffe à l’extérieur… un secret de fabrication envié par nos scientifiques !!

Pour ce qui concerne la technique pure de creusement, facile pour elle !
La taupe s’accroche avec ses puissantes pattes avant et propulse la terre vers l’arrière. Lorsque l’air se fait plus rare, elle sait que derrière elle il faut déblayer. Demi-tour spectaculaire à l’intérieur de la galerie, puis la tête tournée sur le côté, une patte en avant elle va pousser son tas de terre jusque vers une cheminée de sortie, et c’est reparti pour un tour ! Après quelques heures de dur labeur, retour à la chambre à coucher, garnie de feuille, d’herbe ou de ce qui traîne sur le sol “au-dessus” et dodo.
Terminons en précisant que la taupe déteste sortir de terre, elle ne le fait qu’en cas de nécessité ou d’extrême danger (soif, inondation, intoxication…) et elle a bien raison puisque c’est en surface que se trouvent ses plus grands ennemis : chats, rapaces et hommes !

Les taupes investissent rarement une nouvelle prairie ou un jardin qui ne possède pas déjà des galeries, et au vu du travail à réaliser on comprend pourquoi. Si les taupinières sont nombreuses sur votre terrain, c’est peut-être une de ces rares installations en cours, ou c’est que votre sol est pauvre en vers et que la pauvre creuse, creuse et creuse encore. Dans les deux cas, une fois installée, vous ne la remarquerez plus et penserez qu’elle est partie, elle mène en réalité une vie pépère dans son château et son dédale de tuyauterie. Sachez enfin, mais vous devriez l’avoir déjà compris que la taupe vit seule et pas en colonie !

Bref, point d’acharnement inutile (elle mange les vers, de nuisibles larves et n’attaque pas de racines, tout juste peut-elle malencontreusement en sectionner lors de son passage), et si ce n’est pas celle-ci ce sera une autre ! Cessez de pester, étalez tranquillement les talus… patience, nous vous le disions au départ, c’est la meilleure arme !


Les mots rigolos du mot

• On dit "myope comme une taupe", quand quelqu’un ne voit vraiment pas bien.
• Lorsque vous serez mort, on dira que vous êtes allé "visiter le royaume des taupes".
• On utilise la taupe comme adjectif de couleur, gris taupe.
• La taupe désigne une personne sournoise ou une dame pas très commode dans "vieille taupe".
• La taupe rassemble les taupins, c’est ainsi que l’on appelle les élèves des classes de mathématiques supérieures, d’où également hypo-taupe, classe qui prépare à la taupe. Fait-on référence au fait que la taupe ne sorte pas le bout de son nez ou au fait que ce soit une travailleuse acharnée et appliquée ?

• L’etymologie du mot est inconnue, l’animal est désigné dans plusieurs dialectes de manières différentes, connu sous le nom de darbon en provençal, on le trouve sous la forme de tala (terre) en langue pré-latine, bufo en gascon et fouant (participe présent de fouir) dans le nord-est.
"On se voit d’un autre œil qu’on ne voit son prochain, lynx envers nos pareils et taupe envers nous."
Jean de La Fontaine
"Réalisme. Charme qui ressort d’un paysage peint par une taupe, ou d’une histoire écrite par un asticot."
Ambrose Bierce
"Quand la taupe boit dans le fleuve, elle ne prend que ce qu’il lui faut."
Proverbe chinois

Si les taupes existent c’est parce que Dieu, pour punir les fées qui s’étaient révoltées contre lui les changea en taupe et les condamna à ne jamais voir le jour.

En Lorraine, un sachet renfermant la langue d’une taupe fait revenir la mémoire à qui l’a perdue.La plus célèbre taupinière fit trébucher au début du XVIIIème siècle le cheval du roi d’Angleterre Guillaume III d’Orange. Le roi tomba et se cassa la clavicule, blessure qui entraîna sa mort.

La petite taupe responsable fut surnommée par les ennemis du roi “le petit gentilhomme au pourpoint de velours noir”.

Et pour terminer, je n’y résiste pas,
“bosser”ça ne serait pas faire une bosse, donc une taupinière ?
Cette suggestion nous est faite dans le double numéro 68/69 de La Hulotte dont nous vous recommandons prestement la lecture. N’oubliez pas que c’est le journal le plus lu dans les terriers !