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Les innombrables romans de renard...

On le dit rusé, malin, rieur parfois, le renard est en tout état de cause plus futé que le corbeau de la fable. Objet de mille et une légendes, soupçonné d’être un insatiable détrousseur de poulaillers, accusé "d’enrager" son proche voisin l’homme, suspecté de vagabondage solitaire et nocturne, le renard et sa longue queue rousse ont bel et bien leur place dans l’équilibre de nos forêts. Victime tant d’une réputation infondée que des dangers de la route, voire des amatrices de manteaux de fourrure, cet hypersensible vaut bien quelques égards, le temps de dissiper un mythe aussi vieux que le "Roman de Renart".

Mais qu’est-ce qui vaut encore aujourd’hui au renard une si mauvaise réputation ? Un amalgame maladroit avec le loup parce qu’ils partageaient autrefois leur habitat ? Peut-être. Toujours est-il que le renard a su s’adapter à toutes les conditions de vie imposées par la rudesse du climat, la raréfaction de certaines sources de nourriture, et même la prédation de l’homme.

De la famille des canidés qui comprend également le chien, le loup, le coyote et le chacal, le renard est le carnivore (animal qui se nourrit de viande) le plus abondant et le plus largement répandu dans le monde. On le retrouve partout, dans les forêts tempérées d’Europe et de tout l’Hémisphère nord, en zone subtropicale jusqu’aux confins du nord Canadien et de l’Arctique. Adapté à des climats très chauds ou très froids, il se plaît à des altitudes allant du niveau de la mer à la haute montagne jusqu’à 2500 m.
Dans nos contrées, point de renard gris comme en Amérique du nord, de fennec, commun dans les régions désertiques, ni de renard polaire ou renard blanc, mais le plus habile et le plus commun des renards, le vulpes vulpes ou renard roux, reconnaissable à son pelage rouille ou brun-roux, et à sa longue queue touffue de 30 à 40 cm - généralement un tiers de sa taille ! - terminée d’une caractéristique petite tache blanche. D’une taille moyenne de 1,25 m, le renard ne pèse que 6 à 7 kg et jamais plus de 10 kg. Soit le poids d’un gros chat de salon.

Le renard vit dans un terrier qu’il creuse lui même où qu’il aménage à partir d’un terrier abandonné, d’une crevasse de rocher ou sous les racines d’un gros arbre. Sa tanière (ou terrier) est divisée en plusieurs galeries, parfois profondes de 3 ou 4 mètres, ce qui permet d’aménager plusieurs entrées et de fuir en cas de danger. C’est là que madame renard viendra abriter les petits renardeaux.

• Ruse... et panache

Si le renard roux affectionne particulièrement les abords des terres agricoles, où on peut le voir parfois furtivement le soir au détour d’un chemin ou sur une route de campagne, c’est que la lisière des forêts, les prés, haies et taillis sont aussi l’abris des petits rongeurs - souris, campagnols, lapins - dont se nourrit le comparse d’Isangrin (nom du loup dans le Roman de Renart).
Le renard est avant tout un prédateur. En mangeant les charognes de petits animaux, mais aussi en chassant les animaux faibles, blessés ou malades, il contribue à maintenir l’équilibre des populations et agit en “nettoyeur”. Son rôle est également bénéfique pour l’homme et en particulier les agriculteurs puisqu’il limite la surpopulation de petits rongeurs comme les campagnols ou les mulots - un renard en consomme 6 à 10 000 par an - particulièrement nuisibles pour les cultures.

Opportuniste en matière d’alimentation, qu’il sait adapter à ce qu’offrent les saisons, le renard ne dédaigne pas déguster quelques fruits sauvages, œufs d’oiseaux, vers de terre et même de grands insectes (sauterelles par exemple) qui lui offrent la précieuse source d’énergie nécessaire à parcourir son territoire large de 50 à 600 ha.

Le renard est un animal discret, nocturne (qui vit la nuit) et crépusculaire (au coucher ou au lever du soleil). Excellent marcheur, c’est en trottant qu’il se déplace le plus souvent, à une vitesse de 6 à 13 km/h. Capable d’atteindre les 60 km/h sur de brèves distances, il est aussi bon nageur mais ne sait pas grimper aux arbres.

Le renard chasse seul mais n’est pas pour autant un solitaire. Sa vie sociale, et même familiale lui coûte bien des attentions. Chef de clan, le renard veille sur un groupe comptant jusqu’à six femelles qui partageront les soins à donner aux petits renardeaux.

Capable de donner de la voix, le renard crie, glapit, cliquette, jappe ou aboie tantôt pour avertir ses proches d’un danger tantôt pour séduire sa - ou ses - belle. Il communique aussi avec son corps variant la position de ses longues oreilles et de sa queue au gré de ses humeurs. S’il cherche à impressionner un concurrent ou un enemi, le renard roux montre les dents tout comme le chien.

Pendant la période d’accouplement, qui dure de décembre à février, les couples renards se forment et poussent des aboiements et hurlements très sonores. Au bout d’une cinquantaine de jours, chaque femelle donne naissance à 4 à 6 petits qui devront être autonomes au bout de 5 à 6 mois, une fois l’arrivée de l’automne.

La terreur des poulaillers ?

Si œuf de poule et poule pondeuse peuvent offrir un repas de choix au renard vagabond en cas de clôture mal verrouillée, le renard n’est pourtant pas le tueur cruel que décrit parfois la fable populaire. Habitué il est vrai à tuer plus de poules que de besoin une fois introduit dans un enclos, le renard serait en fait perturbé par la réaction des proies qui ne fuient pas en sa présence, contrairement à ce que ne manquerait pas de faire un autre animal poursuivi.
Cruauté gratuite n’est donc pas de mise chez monsieur renard.

O rage, ô désespoir du renard

La rage, voilà bien ce qui a coûté la vie à de nombreux de renards, non pas gagnés par la maladie, mais tout simplement victimes de la peur des hommes de voir l’épidémie se propager vers les villes où il fait parfois quelques apparitions lorsqu’en mal de nourriture, il lorgne le contenu de nos poubelles. Depuis l’application par Pasteur en 1885 du principe de vaccination contre la rage à l’homme, et grâce à la vaccination antirabique (contre la rage) massive des chiens, la maladie est assez bien maîtrisée.

Elle est pourtant réapparue en Europe durant la seconde moitié du XXe siècle. Des années 1950 à 1980, la rage était encore présente dans nos campagnes et son vecteur désigné : le renard. Le virus, présent en grande quantité dans la salive du renard enragé est généralement transmis par morsure, d’où les risques importants de contamination des chiens errants. Entre autres effets, la rage entraîne la mort de l’animal en quelques jours, le renard devient souvent agité, et agressif envers les autres animaux. C’est ce qu’on appelle la forme furieuse de la rage. Le renard risque en augmentant ses déplacements hors de son territoire de se perdre. Il devient donc d’autant plus dangereux qu’un autre renard, un chien, ou un homme, attaqué et mordu par un renard aura de grandes chances de tomber malade à son tour.

Le renard n’est donc pas le seul animal susceptible de propager le virus de la rage, d’autre animaux sauvages comme le chevreuil, la fouine ou le blaireau, peuvent être touchés.

Pour lutter contre les risques d’épidémie, l’homme a tout d’abord pratiqué une méthode pour le moins expéditive qui consistait à éliminer un grand nombre de renards, mettant en danger la survie de l’espèce et le rôle qu’elle joue dans l’équilibre des populations animales.

Barbare, cette méthode a d’ailleurs donné des résultats inefficaces. En effet, la réduction de nombre d’individus n’avait pas pour conséquence de diminuer les contacts entre les groupes d’animaux. Bien au contraire ! Se sentant menacés, les renards augmentaient leur territoire et les contacts entre groupes de renards, accroissant ainsi davantage les risques de diffusion de la maladie.

Dispensé de piqûre mais pas de sucrerie

Fort heureusement pour l’un des derniers prédateurs des forêts d’Europe occidentale, d’autres solutions sont maintenant choisies pour lutter contre la rage. Même principe que pour l’homme : la solution la plus efficace consiste à vacciner le plus d’animaux possible, en utilisant des appâts contenant les produits qui protègeront les renards de la maladie. Intégré à des sortes de bouillons cube à base de saucisse fumée, de tête de poulet, d’œufs, de souriceaux ou de boulettes de viande, le vaccin est soit déposé au sol sur les lieux de vie du renard, soit distribué carrément par hélicoptère. De véritables sucreries tombées du ciel pour le renard.

Grâce à cette méthode et au travail des scientifiques, la rage du renard est aujourd’hui assez bien maîtrisée et en voie d’être éliminée. Les dangers pour l’homme et les animaux domestiques sont de ce fait considérablement réduits. Voilà qui devrait aider maître renard à retrouver sa noblesse et à se protéger des persécussions dont il est toujours victime. Prudence quand même : le renard est un prédateur sauvage. S’il approche de près l’homme ou un endroit habité, il peut encore s’agir d’un animal malade !


Les mots rigolos du mot

• Etre fin comme un renard.

• On ne prend pas deux fois le renard au même piège.

• Le renard change de poils, non d’esprit.

• Le renard en sait beaucoup, mais celui qui le prend en sait d'avantage.

Et comment évoquer le renard sans faire un petit détour par l’univers des fables de Jean de la Fontaine ?
La plus connue des fables qui met en scène le renard, auteur de toutes les tromperies, duperies et supercheries dont sont victimes ses compères animaux, est sans nul doute Le Corbeau et le Renard. Mais dans le Renard et la Cigogne, une fois n’est pas coutume, c’est le renard qui se trouve piégé. Tel est pris qui croyait prendre.

Le Renard et la Cigogne

Compère le Renard se mit un jour en frais,
Et retint à dîner commère la Cicogne.
Le régal fut petit et sans beaucoup d'apprêts:
Le galand, pour toute besogne,
Avait un brouet* clair (il vivait chichement).
Ce brouet fut par lui servi sur une assiette:
La cigogne au long bec n'en put attraper miette,
Et le drôle eut lapé le tout en un moment.
Pour se venger de cette tromperie,
A quelque temps de là, la cigogne le prie.
"Volontiers, lui dit-il, car avec mes amis,
Je ne fais point cérémonie. "
A l'heure dite, il courut au logis
De la cigogne son hôtesse,
Loua très fort sa politesse ,
Trouva le dîner cuit à point.
Bon appétit surtout, renards n'en manquent point.
Il se réjouissait à l'odeur de la viande
Mise en menus morceaux, et qu'il croyait friande.
On servit, pour l'embarrasser,
En un vase à long col et d'étroite embouchure .
Le bec de la cigogne y pouvait bien passer,
Mais le museau du sire était d'autre mesure.
Il lui fallut à jeun retourner au logis,
Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris,
Serrant la queue, et portant bas l'oreille.
Trompeurs, c'est pour vous que j'écris :
Attendez-vous à la pareille.

* Brouet : vulgaire soupe, sans saveur