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Le raifort

Le rai… quoi ??
Rai-fort ! non pas le radis noir, les confondre est fréquent (même certains dictionnaires entretiennent la confusion) mais botaniquement parlant, c’est une erreur.
Plante aujourd’hui méconnue ou tout au moins délaissée, elle est pourtant identifiée et cultivée, pour ses propriétés médicinales ou comme condiment, depuis l’antiquité puisque grecs et romains la répertorient et la décrivent. Excellent expectorant contre la toux, le raifort est également utilisé pour identifier certains agents d’empoisonnement alimentaire ou pour lutter contre le scorbut, la tuberculose ou les coliques. Les égyptiens l’utilisaient également comme plante aphrodisiaque.

Vous l’avez compris, si l’on doit décrire le raifort, on dira qu’il ressemble à un radis noir. C’est en effet, pour sa partie souterraine, une grosse racine qui peut atteindre 80 cm pour un diamètre de 5 à 15 cm. Non récolté, le raifort s’implante si profondément dans la terre par ses petites racines terminales que l’on n’arrive plus à s’en débarrasser !

Planté en mars ou début avril dans une terre fraîche et fumée, le raifort fleurit en mai-juin, les graines contenues dans la fleur sont généralement stériles et ne peuvent servir qu’en pharmacopée. Fin juin, il faut élaguer les feuilles en ne gardant qu’un seul bouquet pour favoriser l’épanouissement de la racine.

On récolte le raifort en automne, après la destruction des feuilles par les premières gelées. C’est à ce moment que l’on récupère les racines terminales, en prenant garde de déterrer le raifort sans les abîmer, pour préparer les plants de l’année suivante. Le raifort est une plante vivace, si vous le laissez en terre, aucun problème, il supportera le gel et continuera à grossir, grossir et, méfiance, envahir un peu l’espace laissé à sa disposition.

La tige peut atteindre plus d’un mètre de hauteur, creuse à l’intérieur, sillonnée à l’extérieur, son feuillage est imposant : ce sont de grandes feuilles lancéolées (comme un fer de lance) de 10 à 30 cm de long. Les fleurs sont petites, de 8 à 9 mm, blanches, odorantes et développées en grappe. On peut trouver le raifort à l’état sauvage, au bord des chemins, des ruisseaux ou des prairies humides.

Venons-en à la propriété principale de la plante : son grand pouvoir lacrymogène… si on blesse la racine ! Déterrer un raifort, vous pourrez tranquillement le sentir, rien ne se passera, coupez-le ou râpez-le et là sortez les mouchoirs, l’oignon fait triste figure à côté de la force du raifort. Celui-ci contient deux substances dans des cellules différentes (la sinigrine, inodore et une enzyme, la myrosine) qui se trouvent dans la racine et sont mises en contact par l’action du tranchage. Ce contact provoque une réaction chimique dont résulte une essence volatile, âcre et rubéfiante. Voici donc qui pique les papilles, fait larmoyer le cuisinier, monte au nez ou brûle la peau du malade si on l’utilise en cataplasme ou peut réchauffer mains et pieds transis de froid.

Synonyme de feu, le raifort est rendu inoffensif… si on le chauffe !
Dégusté rapé, à la crème, incorporé en condiment dans des sauces, sur une tartine ou en purée, il accompagne poissons fumés ou grillés, viandes blanches ou volailes, pot-au-feu et choucroute. Et si vous n’êtes pas du tout cuisinier, rendez-vous chaque année à Mietesheim, fin septembre, pour la fête du raifort.


Les mots rigolos du mot

Raifort porte bien son nom puisque son origine vient de raïz issu du latin radix “racine” et de l’adjectif “fort”, simplissime !
Pour une année en pleine forme et préservée de la maladie, consommez 3 morceaux de raifort le jour du nouvel an.

Et voici une petite croyance qui devrait, à elle seule, motiver toutes les régions, à l’image de l’Alsace qui est la seule productrice de raifort en France, à développer la culture de cette diabolique racine : mettre un morceau de raifort dans sa bourse fera qu’elle ne sera jamais vide !

Et si vous n’êtes pas encore convaincu, et pour la p’tite histoire, voici la déclaration de l’oracle de Delphes parlant à Apollon “le radis vaut son poids en plomb, la betterave son poids en argent et le raifort, son poids en or”.