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L'écrevisse

L’écrevisse est un crustacé de l’ordre des décapodes : c’est donc un animal invertébré (pas d’os), qui a deux paires d’antennes, respire grâce à des branchies, se protège avec une carapace, possède huit paires de “pattes” attachées au thorax dont cinq lui servent à se déplacer… ouf, tout cela est un peu technique ! Pour être plus concret disons que l’écrevisse ressemble au homard ou à la langoustine et qu’il vit dans les eaux douces de nos petites rivières ou lacs et, comme ses deux cousins, est apprécié des gourmets pour sa chair.

A l’origine dans les eaux Lorraines, deux espèces vivaient paisiblement, et apparemment en bonne entente : l’écrevisse à pieds blancs, verte avec un ventre blanchâtre et l’écrevisse à pattes rouges, brune ou bleutée avec le ventre blanc, la plus recherchée car la plus savoureuse. Une troisième espèce importée s’est acclimatée c’est l’écrevisse à pattes grêles. Ces trois jolies demoiselles dorment paisiblement la journée en se cachant sous une pierre, dans les rochers ou des racines et vivent la nuit durant laquelle elles se nourrissent de larves d’insectes, mollusques et poissons morts ou matières végétales, elles sont omnivores. Elles affectionnent les rivières à truites aux fonds pierreux ou graveleux, souffrent de la pollution et s’épanouissent dans une eau bien oxygénée. La patte grêle apprécie les eaux chaudes tandis que les deux autres préfèrent les eaux qui présentent d’importantes variations thermiques entre l’hiver et l’été.
Leurs ennuis débutent avec cette fameuse peste. Pour lutter contre la maladie on a introduit à leurs côtés les “grandes américaines”, résistantes à la maladie avec l’espoir que les croisements d’espèces renforceraient les groupes indigènes (ceux qui vivaient déjà sur place). Mais la nature est plus maline ! Louisiane, Américaine et Signal prolifèrent et se propagent partout, capables de creuser dans le sable et pouvant être porteuses saines de la fameuse peste qui tue les autres espèces. Résistantes, de taille plus importante, elles sortent toujours vainqueur des duels. Elles se contentent d’un milieu aquatique médiocre voire carrément pollué, sachez que la signal s’adapte à peu près à tous les milieux. Elles sont diurnes et végétariennes, ce n’est pas une petite différence !
Essayons donc, dessin à l’appui de distinguer ces deux ennemies si ressemblantes.

Ecrevisse américaine
L’écrevisse américaine peut atteindre 20 à 25 cm de longueur sans les antennes. Susceptible de provoquer de grands déséquilibres biologiques, son transport vivant est interdit en France ainsi que son déversement dans les eaux libres. Sa pêche est autorisée toute l’année, sans taille légale de capture. Elle est reconnue comme nuisible.
Ecrevisse à pieds rouges
L’écrevisse à pieds rouge dépasse rarement 15 à 20 cm de longueur à l’état sauvage. C’est une espèce en voie de disparition, protégée par une période légale de pêche (10 jours en juillet /août) et une taille minimale de capture (9 cm).
Les écrevisses peuvent vivre jusqu’à 10 ans. Elles se reproduisent en automne vers le mois d’octobre/novembre. Le mâle vient déposer dans une poche située sur l’abdomen de la femelle des petits paquets de sperme. L’hiver arrive ensuite et l’activité de l’écrevisse va nettement diminuer, elle hiberne quasiment. Lorsque les ovules sortent du ventre de la femelle ( 3 à quatre semaines après l’accouplement), un liquide dissout les petits sacs et permet la fécondation. Les larves éclosent en juin et restent accrochées à l’abdomen de la femelle. C’est alors une petite larve munie de deux crochets. La première mue d’émancipation c’est à dire le premier changement de carapace
se produit environ 5 à 8 jours après. L’écrevisse doit alors s’alimenter seule, elle doit devenir autonome et peut passer d’une femelle à l’autre. Au cours de son premier été, elle va muer entre 5 et 9 fois, 5 fois leur deuxième été et à partir de leur 5ème été, les femelles muent 1 fois, les mâles deux fois. Elles sont capables de se reproduire à l’âge de trois ans. A chaque mue les écrevisses sont fragiles et il leur faudra 10 à 27 jours, selon la teneur en calcium de l’eau, pour que la nouvelle carapace atteigne son optimum. Celle-ci représente la moitié du poids total de l’écrevisse.
Durant la reproduction ou d’autres rencontres, il arrive que les écrevisses se blessent ou même se coupent un membre avec leur grosse pince, elles possèdent toutefois la faculté de régénérer les parties du corps qui ont été perdues.
L’écrevisse se déplace en marchant sur le fond ou en nageant à reculons, ce que lui permet son anatomie ! Elle craint la lumière, la carpe, l’homme, le silure (un gros poisson sans écaille), quelques oiseaux prédateurs comme le héron et elle-même car tellement vorace, elle est capable de manger ses semblables.

Les mots rigolos du mot

• L’élevage de l’écrevisse s’appelle astaciculture, astacus est le nom latin qui désigne l’écrevisse.

• On dit être rouge comme une écrevisse, allusion à la couleur qu’elle prend quand on la cuit.

Avancer comme une écrevisse est utilisé de manière ironique lorsqu’on veut dire que rien n’avance ou que l’on hésite beaucoup, en référence à la nage à reculons de l’écrevisse.

On dit que quelqu’un épluche des écrevisses quand il perd du temps.

Ecrevisse cuite désignait en langage familier du XVIIIème siècle le cardinal car il portait un habit tout rouge.

• L’écrevisse est aussi une armure avec des lames horizontales et articulées et le nom d’une grande tenaille utilisée dans les forges.

Proverbes russes
• Quand le poisson fait défaut, l’écrevisse est un poisson.

• La douleur embellit l’écrevisse.

De Friedrich Nietzsche
• A force de vouloir rechercher ses origines, on devient écrevisse.
L’historien voit en arrière, il finit par croire en arrière.

D’Ambrose Bierce
• Ecrevisse. Petit crustacé qui ressemble au homard, en plus indigeste.


Et pour finir voici la fable 10 du livre XII,
des fables de Jean de La Fontaine.

L’écrevisse et sa fille

Les sages quelquefois, ainsi que l’écrevisse,
Marchent à reculons, tournent le dos au port.
C’est l’art des matelots : c’est aussi l’artifice
De ceux qui, pour couvrir quelque puissant effort,
Envisagent un point directement contraire,
Et font vers ce lieux là courir leur adversaire.
Mon sujet est petit, cet accessoire est grand :
Je pourrais l’appliquer à certain conquérant
Qui tout seul déconcerte une ligue à cent têtes.
Ce qu’il n’entreprend pas, et ce qu’il entreprend,
N’est d’abord qu’un secret, puis devient des conquêtes.
En vain l’on a les yeux sur ce qu’il veut cacher,
Ce sont arrêts du sort qu’on ne peut empêcher :
Le torrent à la fin devient insurmontable.
Cent dieux sont impuissants contre un seul Jupiter.
Louis et le destin me semblent de concert
Entraîner l’univers. Venons à notre fable.
Mère écrevisse un jour à sa fille disait :
“comme tu vas, bon Dieu ! ne peux-tu marcher droit ?
Et comme vous allez, vous même, dit la fille.
Puis-je autrement marcher que ne fait ma famille ?
Veut-on que j’aille droit quand on y va tortu ?”
Elle avait raison; la vertu
De tout exemple domestique
Est universelle, et s’applique
En bien, en mal, en tout ; fait des sages, des sots :
Beaucoup plus de ceux-ci. Quant à tourner le dos
A son but, j’y reviens ; la méthode en est bonne,
Surtout au métier de Bellone :
Mais il faut le faire à propos.