| Une
blanche vaut-elle deux noires ?
La cigogne blanche (ciconia ciconia) et la cigogne noire (ciconia
negra) sont les spécimens les plus répandus
dans le nord de la France et dans les régions limitrophes.
Comme leur nom ne l’indique pas, la cigogne blanche
n’est pas complètement blanche, de même,
la cigogne noire n’est pas complètement noire.
Blanc et noir sont les couleurs dominantes respectives de
ces oiseaux au noir et blanc. Un point commun tout de même
: toutes les deux ont un bec et des pattes rouges.
Si vous les voyez passer dans le ciel, voici un indice pour
les reconnaître et les différencier notamment
de la grue et du héron cendré : les cigognes
volent avec le cou bien droit, tendu vers l’avant alors
que les hérons volent avec le cou courbé.
La cigogne blanche est un oiseau rare et son habitat est très
localisé. En France, sa région de prédilection
est l’Alsace où le climat tempéré
et la faible pluviosité évite l’accumulation
de boue dans la cuvette que forme le gigantesque nid.
La
cigogne fait des claquettes
La cigogne blanche pèse rarement plus de 4 kg mais
impressionne par son envergure et sa taille : 1,20 m
de haut (dont une bonne partie d’échasses) et
1,80 m de large les ailes déployées. Son
bec rouge-orangé (plus large chez le mâle) atteint
19 cm de long. Ses yeux paraissent maquillés de
leur coloration noire qui s’étire au coin externe
de l’œil. Le plumage de la cigogne blanche est
uniformément blanc, seules certaines plumes des ailes
sont noires. A l’état sauvage, une cigogne peut
vivre plus de 20 ans.
Pour communiquer avec ses congénères, la cigogne
claquète ou craquète. Point de danse de music-hall
mais un son percutant poussé en entrechoquant les mandibules
à intervalles réguliers, et pour lequel une
peau orange et noire placée sous la gorge sert de caisse
de résonance.
Fidèles
du Paris-Dakar
La
cigogne blanche est un oiseau migrateur. Le cycle de migration
de la cigogne se répartit entre la saison de reproduction
en Europe, et l’hivernage en Afrique. Deux fois par
an, les cigognes préparent leur voyage en se rassemblant
en groupe de plusieurs centaines d’individus. Pour arriver
à destination, elles parcourent de 200 à 400 kilomètres
par jour. Elles ne volent pas en vol battu comme d’autres
oiseaux migrateurs, mais en planant au gré des courants
d’air chaud grâce à leurs ailes de grande
envergure. La cigogne ne vole donc jamais la nuit.
Avant l’arrivée de la mauvaise saison, au mois
d’août, la cigogne s’en va vers des cieux
plus propices. Les cigognes traversent la France par le sud
vers les Pyrénnées, puis gagnent l’Espagne,
le détroit de Gibraltar, et le Maroc pour descendre
jusqu’en Mauritanie et au Mali. Dissipons une idée
reçue : si la cigogne fuit l’Europe dès
le mois d’août, ce n’est pas pas crainte
d’un hiver précoce mais plutôt à
cause de la raréfaction de ses sources de nourriture.
L’un et l’autre étant d’ailleurs
liés.
Quelle que soit leur origine, les cigognes migrent en évitant
la Mer Méditerrannée et les périls que
représentent sa traversée. Les cigognes de l’est
de l’Europe préfèrent donc emprunter un
chemin qui les mène par le sud-est via le détroit
du Bosphore, puis l'isthme de Suez pour gagner les contrées
tempérées d’Afrique de l’est. C’est
l’itinéraire périlleux choisi par les
cigognes d’Alsace.
Un
mode de vie périlleux
Populaire, familière, élevée même
parfois dans des réserves comme un animal domestique,
la cigogne est pourtant un oiseau menacé. Les cigognes
blanches nichent dans de nombreuses régions d’Europe
occidentale et orientale, en Asie mineure et en Afrique du
nord. Leur périple annuel de migration leur fait parcourir
jusqu’à 15 000 km par an tout en les
exposant à de nombreux dangers : collisions avec
les lignes électriques, risques d’électrocutions
lorsqu’elles se reposent sur les pylônes électriques,
braconnage, blessure ou empoisonnement lorsqu’en quête
de nourriture elles fouillent les décharges. Enfin
au moment de quitter leur terre natale pour la première
fois au début de l’automne, les cigognes ne sont
âgées que de quelques mois. Fragiles, beaucoup
ne reviendront pas de ce long voyage.
Pas de risque lié à la chasse cependant car
la cigogne est un oiseau protégé. De plus, il
semble que le mauvais goût de la chair de la cigogne
jouerait plutôt en sa faveur.
Enfin, l’influence de l’homme sur leur milieu
naturel réduit indéniablement leurs chances
de survie et leur équilibre. L’exploitation intensive
des sols, l'assèchement des zones marécageuses
autrefois garde-manger des cigognes, et la re forestation
de zones sauvages nuisent à la tranquilité des
volatiles...
Le
nid
Le nid de la cigogne, si volumineux sur le faîte des
toits alsaciens, est constitué d’un amas de branchages.
Il mesure environ 80 cm de diamètre et de 30 à
100 cm de haut. Un véritable monument ! A l’intérieur,
les parents cigognes aménagent des mottes d’herbe,
de paille, de foin et toutes sortes de matériaux de
récupération à condition qu’ils
soient propices au confort des futurs oisillons. Ce nid sera
agrandi pendant toute la saison et peut peser plusieurs centaines
de kilos mettant en péril certaines cheminées
anciennes.
Sa
nidification spectaculaire et le soin qu'elle apporte à
ses petits ont fait d'elle le symbole de la fécondité
et un présage de bonheur. Voici peut-être l’explication
de la croyance populaire qui veut que ce sont les cigognes
qui apportent les bébés.
Les œufs
La cigogne est sexuellement mature à l’âge
de 3 ou 4 ans. Les cigognes se reproduisent dans nos régions,
lorsqu’elles reviennent de migration, entre fin février
et fin avril. Les accouplements se déroulent dès
ce retour en terres européennes et les premières
pontes ont lieu entre mars et avril.
La femelle cigogne pond 4 à 5 œufs à raison
d’un oeuf toutes les 48 heures. L’incubation des
œufs dure 30 jours. A l’éclosion, chaque
oisillon est complètement déplumé. Il
pèse déjà 70 g et s’alimente lui-même
avec beaucoup d’appétit de la nourriture non
digérée et régurgitée par les
adultes à l’intérieur du nid si bien que
le petit cigogneau atteindra 3 à 4 kg dès l’âge
de 2 mois. C’est aussi l’âge des premiers
essais en vol, et de l’apprentissage de la chasse. Un
apprentissage qui se terminera par une rapide prise d’autonomie
puisque les jeunes cigogneaux partent pour leur première
migration avant les adultes. Une sorte de rite de passage
? Ils ne reviendront sur les lieux de leur naissance qu’après
deux saisons, une fois leur maturité sexuelle atteinte.
Un
grand carnivore
En Europe, la cigogne se nourrit de petits rongeurs qu’elle
chasse dans les champs humides. Elle ne dédaigne pas
pour autant dévorer une taupe, une musaraigne, quelques
lombrics, sans oublier de petits poissons, têtards ou
grenouilles, et bien sûr, des insectes, source indispensable
de protéines. Le tout en quantité de 250 à
400 g par jour de proies avalées entières
pour assurer son pain quotidien.
Dans son gésier, la cigogne va ensuite digérer
ce qui est assimilable, et rejeter les poils, os, arêtes
de poissons sous forme de pelotes de régurgitation,
tout comme le fait la chouette. Elle produira ensuite en quantité
conséquente une élégante fiente blanche
qui tapisse généreusement le toit des maisons
où elle a élu domicile.
Une
exclusivité alsacienne ?
La cigogne blanche n’est pas une exclusivité
alsacienne même si, au début du siècle,
hormis quelques couples isolés, l'essentiel de la population
française nichait sur les flancs est du massif des
Vosges. A partir des années 1940-50, quelques couples
s'installent sur le littoral Atlantique. Dans les années
1970, alors que nous sommes dans une phase de régression
de la population française, la cigogne blanche niche
en Gironde, en Charente-Maritime, en Vendée, sur les
littoraux normand et méditerranéen. A la veille
de l'an 2000, la population alsacienne est reconstituée
grâce aussi à la création d’élevages
en semi liberté (180 couples sauvages) et près
de 270 couples nichent hors Alsace, dont l'essentiel en Aquitaine,
en Poitou-Charentes, en Pays de Loire et en Normandie.
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Selon
la légende alsacienne, pour passer commande de
bébé, les futurs parents doivent déposer
quelques morceaux de sucre sur le rebord des fenêtres
de leur maison. Les oiseaux se chargent alors d’aller
chercher les bébés près d’une
mare ou d’une source, à l’endroit
où les lutins ramènent des profondeurs
de la terre les âmes tombées du ciel avec
la pluie et qui se réincarnent en nouveau-né.
Quant à la légende de la création
des cigognes, elle raconte que Dieu les créa
avec des fleurs de cerisiers et de pommiers d’Alsace,
c’est pourquoi elles sont si blanches. Leurs pattes
et leur bec prirent la couleur pourpre au soleil couchant
lorsqu’elles s’envolèrent. A leur
retour de migration, elles virent les plaines d’Alsace
ensanglantées et ruinées par la guerre
et demandèrent à Dieu si elles pouvaient
porter le deuil, ce qu’il refusa. Il leur permit
de tremper le bout de leurs ailes dans le noir de la
tristesse et du désespoir, ce qu’elles
firent.
Tout s’explique !
Toutes ses jolies légendes et croyances qui attribuent
autant de vertus aux cigognes sont sans doute liées
à leur retour en Alsace pour le printemps, symbole
de la renaissance et au fait qu’elles débarrassaient
les champs et marécages des serpents et autres
animaux pas très appréciés.
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