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La cigogne ,
porte bébé et porte bonheur

Parmi les grands oiseaux d’Europe, la cigogne blanche est l’espèce la plus populaire et la plus connue. D’une part parce que la cigogne blanche niche parfois en plein cœur des villages et même des villes, comme en Alsace où elle semble presque apprivoisée et, d’autre part car elle se reconnaît très facilement à ses larges ailes blanches frangées de noir, son long bec rouge orangé, et la taille impressionnante de son nid.

Aussi ne dit-on pas que c’est la cigogne qui apporte les bébés... Nous aurions donc tous un rapport intime avec cet oiseau magnifique.

Une blanche vaut-elle deux noires ?

La cigogne blanche (ciconia ciconia) et la cigogne noire (ciconia negra) sont les spécimens les plus répandus dans le nord de la France et dans les régions limitrophes. Comme leur nom ne l’indique pas, la cigogne blanche n’est pas complètement blanche, de même, la cigogne noire n’est pas complètement noire. Blanc et noir sont les couleurs dominantes respectives de ces oiseaux au noir et blanc. Un point commun tout de même : toutes les deux ont un bec et des pattes rouges.

Si vous les voyez passer dans le ciel, voici un indice pour les reconnaître et les différencier notamment de la grue et du héron cendré : les cigognes volent avec le cou bien droit, tendu vers l’avant alors que les hérons volent avec le cou courbé.

La cigogne blanche est un oiseau rare et son habitat est très localisé. En France, sa région de prédilection est l’Alsace où le climat tempéré et la faible pluviosité évite l’accumulation de boue dans la cuvette que forme le gigantesque nid.

La cigogne fait des claquettes

La cigogne blanche pèse rarement plus de 4 kg mais impressionne par son envergure et sa taille : 1,20 m de haut (dont une bonne partie d’échasses) et 1,80 m de large les ailes déployées. Son bec rouge-orangé (plus large chez le mâle) atteint 19 cm de long. Ses yeux paraissent maquillés de leur coloration noire qui s’étire au coin externe de l’œil. Le plumage de la cigogne blanche est uniformément blanc, seules certaines plumes des ailes sont noires. A l’état sauvage, une cigogne peut vivre plus de 20 ans.

Pour communiquer avec ses congénères, la cigogne claquète ou craquète. Point de danse de music-hall mais un son percutant poussé en entrechoquant les mandibules à intervalles réguliers, et pour lequel une peau orange et noire placée sous la gorge sert de caisse de résonance.

Fidèles du Paris-Dakar

La cigogne blanche est un oiseau migrateur. Le cycle de migration de la cigogne se répartit entre la saison de reproduction en Europe, et l’hivernage en Afrique. Deux fois par an, les cigognes préparent leur voyage en se rassemblant en groupe de plusieurs centaines d’individus. Pour arriver à destination, elles parcourent de 200 à 400 kilomètres par jour. Elles ne volent pas en vol battu comme d’autres oiseaux migrateurs, mais en planant au gré des courants d’air chaud grâce à leurs ailes de grande envergure. La cigogne ne vole donc jamais la nuit.

Avant l’arrivée de la mauvaise saison, au mois d’août, la cigogne s’en va vers des cieux plus propices. Les cigognes traversent la France par le sud vers les Pyrénnées, puis gagnent l’Espagne, le détroit de Gibraltar, et le Maroc pour descendre jusqu’en Mauritanie et au Mali. Dissipons une idée reçue : si la cigogne fuit l’Europe dès le mois d’août, ce n’est pas pas crainte d’un hiver précoce mais plutôt à cause de la raréfaction de ses sources de nourriture. L’un et l’autre étant d’ailleurs liés.

Quelle que soit leur origine, les cigognes migrent en évitant la Mer Méditerrannée et les périls que représentent sa traversée. Les cigognes de l’est de l’Europe préfèrent donc emprunter un chemin qui les mène par le sud-est via le détroit du Bosphore, puis l'isthme de Suez pour gagner les contrées tempérées d’Afrique de l’est. C’est l’itinéraire périlleux choisi par les cigognes d’Alsace.

Un mode de vie périlleux

Populaire, familière, élevée même parfois dans des réserves comme un animal domestique, la cigogne est pourtant un oiseau menacé. Les cigognes blanches nichent dans de nombreuses régions d’Europe occidentale et orientale, en Asie mineure et en Afrique du nord. Leur périple annuel de migration leur fait parcourir jusqu’à 15 000 km par an tout en les exposant à de nombreux dangers : collisions avec les lignes électriques, risques d’électrocutions lorsqu’elles se reposent sur les pylônes électriques, braconnage, blessure ou empoisonnement lorsqu’en quête de nourriture elles fouillent les décharges. Enfin au moment de quitter leur terre natale pour la première fois au début de l’automne, les cigognes ne sont âgées que de quelques mois. Fragiles, beaucoup ne reviendront pas de ce long voyage.

Pas de risque lié à la chasse cependant car la cigogne est un oiseau protégé. De plus, il semble que le mauvais goût de la chair de la cigogne jouerait plutôt en sa faveur.

Enfin, l’influence de l’homme sur leur milieu naturel réduit indéniablement leurs chances de survie et leur équilibre. L’exploitation intensive des sols, l'assèchement des zones marécageuses autrefois garde-manger des cigognes, et la re forestation de zones sauvages nuisent à la tranquilité des volatiles...

Le nid

Le nid de la cigogne, si volumineux sur le faîte des toits alsaciens, est constitué d’un amas de branchages. Il mesure environ 80 cm de diamètre et de 30 à 100 cm de haut. Un véritable monument ! A l’intérieur, les parents cigognes aménagent des mottes d’herbe, de paille, de foin et toutes sortes de matériaux de récupération à condition qu’ils soient propices au confort des futurs oisillons. Ce nid sera agrandi pendant toute la saison et peut peser plusieurs centaines de kilos mettant en péril certaines cheminées anciennes.

Sa nidification spectaculaire et le soin qu'elle apporte à ses petits ont fait d'elle le symbole de la fécondité et un présage de bonheur. Voici peut-être l’explication de la croyance populaire qui veut que ce sont les cigognes qui apportent les bébés.

Les œufs

La cigogne est sexuellement mature à l’âge de 3 ou 4 ans. Les cigognes se reproduisent dans nos régions, lorsqu’elles reviennent de migration, entre fin février et fin avril. Les accouplements se déroulent dès ce retour en terres européennes et les premières pontes ont lieu entre mars et avril.

La femelle cigogne pond 4 à 5 œufs à raison d’un oeuf toutes les 48 heures. L’incubation des œufs dure 30 jours. A l’éclosion, chaque oisillon est complètement déplumé. Il pèse déjà 70 g et s’alimente lui-même avec beaucoup d’appétit de la nourriture non digérée et régurgitée par les adultes à l’intérieur du nid si bien que le petit cigogneau atteindra 3 à 4 kg dès l’âge de 2 mois. C’est aussi l’âge des premiers essais en vol, et de l’apprentissage de la chasse. Un apprentissage qui se terminera par une rapide prise d’autonomie puisque les jeunes cigogneaux partent pour leur première migration avant les adultes. Une sorte de rite de passage ? Ils ne reviendront sur les lieux de leur naissance qu’après deux saisons, une fois leur maturité sexuelle atteinte.

Un grand carnivore

En Europe, la cigogne se nourrit de petits rongeurs qu’elle chasse dans les champs humides. Elle ne dédaigne pas pour autant dévorer une taupe, une musaraigne, quelques lombrics, sans oublier de petits poissons, têtards ou grenouilles, et bien sûr, des insectes, source indispensable de protéines. Le tout en quantité de 250 à 400 g par jour de proies avalées entières pour assurer son pain quotidien.

Dans son gésier, la cigogne va ensuite digérer ce qui est assimilable, et rejeter les poils, os, arêtes de poissons sous forme de pelotes de régurgitation, tout comme le fait la chouette. Elle produira ensuite en quantité conséquente une élégante fiente blanche qui tapisse généreusement le toit des maisons où elle a élu domicile.

Une exclusivité alsacienne ?

La cigogne blanche n’est pas une exclusivité alsacienne même si, au début du siècle, hormis quelques couples isolés, l'essentiel de la population française nichait sur les flancs est du massif des Vosges. A partir des années 1940-50, quelques couples s'installent sur le littoral Atlantique. Dans les années 1970, alors que nous sommes dans une phase de régression de la population française, la cigogne blanche niche en Gironde, en Charente-Maritime, en Vendée, sur les littoraux normand et méditerranéen. A la veille de l'an 2000, la population alsacienne est reconstituée grâce aussi à la création d’élevages en semi liberté (180 couples sauvages) et près de 270 couples nichent hors Alsace, dont l'essentiel en Aquitaine, en Poitou-Charentes, en Pays de Loire et en Normandie.

Selon la légende alsacienne, pour passer commande de bébé, les futurs parents doivent déposer quelques morceaux de sucre sur le rebord des fenêtres de leur maison. Les oiseaux se chargent alors d’aller chercher les bébés près d’une mare ou d’une source, à l’endroit où les lutins ramènent des profondeurs de la terre les âmes tombées du ciel avec la pluie et qui se réincarnent en nouveau-né.

Quant à la légende de la création des cigognes, elle raconte que Dieu les créa avec des fleurs de cerisiers et de pommiers d’Alsace, c’est pourquoi elles sont si blanches. Leurs pattes et leur bec prirent la couleur pourpre au soleil couchant lorsqu’elles s’envolèrent. A leur retour de migration, elles virent les plaines d’Alsace ensanglantées et ruinées par la guerre et demandèrent à Dieu si elles pouvaient porter le deuil, ce qu’il refusa. Il leur permit de tremper le bout de leurs ailes dans le noir de la tristesse et du désespoir, ce qu’elles firent.

Tout s’explique !

Toutes ses jolies légendes et croyances qui attribuent autant de vertus aux cigognes sont sans doute liées à leur retour en Alsace pour le printemps, symbole de la renaissance et au fait qu’elles débarrassaient les champs et marécages des serpents et autres animaux pas très appréciés.

 

Les mots rigolos du mot

• Etre le bec dans l’eau n’est pas la position de chasse de la cigogne mais signifie être frustré, déçu, ne rien obtenir après une demande.   • Par analogie de forme, le mot cigogne désignait autrefois un appareil à puiser l’eau, fait d’une longue perche, et plus tard, un tuyau de cuir utilisé également pour tirer l’eau du puits.