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La bière



Née à la préhistoire de la fermentation spontanée de quelques graminées sauvages avec un peu d’eau, la première bière, boisson épaisse et fortifiante était le pain liquide de l’homme, bien loin des douces bulles et de la couleur claire qu’on lui connaît aujourd’hui.

On a longtemps cru que les égyptiens et les babyloniens étaient à l’origine de la boisson. Ils fabriquaient en effet un liquide à partir d’orge ou de froment germé qu’ils broyaient puis plongeaient dans l’eau pour le faire cuire. Le pain de céréales obtenu était ensuite émietté et mis à fermenter. La pâte obtenue était pétrie, égouttée. Le liquide collecté, aux saveur et couleur variables, s’appelait Zythum ou Curmi, Sikaru chez les babyloniens.

Les germains et les gaulois ne furent pas en reste concernant cette boisson, ils fabriquaient une cervoise, la production était familiale, le brassage une affaire de mère de famille ! Nous leur devons le foudre qui sert à la fermentation et le tonneau qui sert au transport.

Charlemagne permit à la bière un premier essor en reconnaissant officiellement que sa fabrication devait être confiée uniquement à des experts et sa commercialisation réglementée par les seigneurs.
Puis au moyen-âge, les monastères et les abbayes multiplient les brasseries, les savoir-faire, et nous devons aux ecclésiastiques l’emploi du houblon, véritable épice de la bière, garant de sa légèreté et de son amertume. La Renaissance s’est plus particulièrement penchée sur la maîtrise du processus de fermentation, jusque là spontané, en ajoutant au moût de la levure.

Encore une fois c’est la révolution française qui va un peu bouleverser cette belle mécanique, les ordres monastiques sont dépossédés de leurs biens et avec le début de la libre entreprise, l’essor de l’industrie, la maîtrise des levures, on passe à l’ère de la fabrication de la bière telle que nous la connaissons.

La fabrication de la bière

Voyons maintenant d’un peu plus près comment à partir d’eau, d’orge, de houblon et de levure on arrive à la bière.
Pour obtenir 1 litre de bière, il faut environ 10 à 12 litres d’eau, voici donc un premier élément et de haute importance ! Sa qualité est un facteur déterminant qui a donné ses lettres de noblesse à de nombreuses marques.

Le malt est le deuxième ingrédient important de la bière. Il est le produit de la désagrégation de l’orge par trempage dans l’eau. Les grains d’orge une fois saturés d’eau sont étalés en couche de 20 cm d’épaisseur et exposés à une température de 15 à 20 °C, ils vont alors germer. L’orge est alors soumis au touraillage, elle est disposée sur un plateau métallique et chauffée de manière plus ou moins forte et plus ou moins rapide (de 80 à 105 °C pendant 2 à 4 heures). Cette opération permet de ramener son humidité à 4 % et stoppe net sa germination. La torréfaction de ces grains déterminera la couleur et l’arôme du malt, donc de la bière. Un malt touraillé à 70 °C donnera une bière blonde, alors qu’à 90 °C il donnera une bière brune.
Pour la fabrication de certaines bières, on utilise du froment non germé (ou du riz ou du maïs), on obtient une bière blanche.

Peut commencer alors l’étape du brassage qui consiste à mélanger l’eau et le malt et à chauffer le mélange. Durant le processus, la température est contrôlée et modifiée. L’amidon contenu dans les grains se transforme en sucre et le liquide obtenu, le moût, est filtré.
On peut désormais lui ajouter son “épice”, le plus souvent le houblon. Puis le moût est ensemencé par les levures qui vont transformer le sucre en alcool et gaz carbonique. Il existe deux grands types de levures : les hautes réagissent à des températures supérieures à 20 °C, tandis que les basses réagissent à des températures inférieures à 9 °C. La bière va pouvoir tranquillement acquérir son arôme, durant des semaines elle s’affine, c’est “la mise en garde”.

La fermentation spontanée, à l’air libre et sans levure est possible et pratiquée en Belgique. Elle donne naissance au lambic, ce processus est long et délicat et demande beaucoup de soin.

Pour terminer et obtenir le fameux liquide limpide, brillant et pétillant on le filtre, ou pas et dans ce dernier cas on dit que la bière est “sur lie”.

Et voilà pour la p’tite mousse, les amateurs sauront apprécier sa tenue, son perlé ou sa force, sachez enfin qu’on lui confère quelques qualités bienfaitrices pour notre santé puisqu’elle contient une grande quantité de vitamines, de protéines et puisqu’elle est constituée de 93 % d’eau, finissons en disant que, à proportions égales, une bière sans alcool est moins énergétique qu’un yaourt maigre à 0 % !


Les mots rigolos du mot

• On dit "ce n’est pas de la p’tite bière" pour expliquer que ce n’est pas sans importance.

“Admirable génie du vice ! on a trouvé le moyen de rendre l’eau enivrante” s’exclamait Pline l’Ancien, amateur sans nul doute de la cervoise de l’époque.

• Quand à César, il la qualifiait de “noble liqueur” dans la Guerre des Gaules.

• On dit que la bière apporte un sommeil sain et calme, c’est une des propriétés attribuée au houblon. La fleur utilisée dans la bière est glissée sous l’oreiller des enfants en Alsace, pour son parfum, certes, mais aussi pour ses propriétés apaisantes. Insomniaques, à vos houblonnières !

Saint Arnould est le Saint Patron des brasseurs. Fêté le 18 juillet, il doit sa béatification au remplissage des cruches vides des fidèles assoiffés accompagnant le transfert de ses reliques. Ce miracle eut lieu un jour de canicule en 641. Quant au lieu exact où se déroula le dit miracle, mystère, l’histoire religieuse l’attribue à Dogneville en banlieue d’Epinal dans les Vosges, la légende brassicole l’attribue au site de la brasserie de Champigneulles près de Nancy.